La déesse schizo de la com

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La com, c’est le blob qui dévore le monde. Agressive, sûre d’elle et versatile. Subrepticement, elle s’insinue dans le monde, en reconfigure la subjectivité collective, le dévore. C’est une femme… une belle fille qui se détache sur la croix suisse, sur une invitation qui ressemble à un billet de banque suisse… Un christ, un messie contemporain, dont il convient d’étudier attentivement le discours iconographique. (Coïncidence troublante: hier, en même temps que s’ouvrait le Salon Communica de la Com suisse, c’était la “journée internationale de la fille”😉 pas de la femme [le 8 mai]…).

Cette image christique m’a donc cloué par sa force d’évocation et j’ai voulu en faire un interprétation « en valeurs », pour montrer le substrat inquiétant derrière le monde hégémonique de la communication.

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Belle et agressive. Schizée entre la droite et la gauche. C’est ça le plus important sur cette image. Schizée.

Aussi bien les yeux que la bouche expriment deux émotions contradictoires… peut-être plus. Psyché fragmentée du pubard, aussi bien que celle de ses cibles.

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La victime

Si je me concentre sur la gauche, le versant éclairé du visage en cachant le droit, je lis une émotion qui serait la surprise et la colère, peut-être matinée d’impuissance.

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L’impuissance dans laquelle ont pu être les femmes durant des centaines de milliers d’années de patriarcat, celle plus généralement des minorités opprimées dans l’histoire.

L’oeil, lui est particulièrement agressif. C’est celui d’un fauve, grand ouvert, peut-être incliné vers le bas plus que de raison, sans doute une retouche photoshop pour augmenter l’effet panthère.  Mais toute l’agressivité de l’oeil ne peut trouver le chemin de l’action, de la force émancipatrice. Elle reste rentrée en elle comme un poison. Les lèvres, pulpeuses mais contrariées, la commissure pointant vers le bas, indiquent bien qu’on a là affaire à la frustration et l’impuissance.

La victime expiatoire nous ramène comme je l’ai dit, dans notre espace culturel, au christ crucifié, Dieu fait homme pour prendre sur lui les péchés du monde.

 

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La tueuse froide

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Je fais l’opération inverse en me concentrant sur le versant sombre, la partie droite. Là, c’est une véritable succube maléfique qui me toise. Léger sourire sadique que l’oeil sombre et sournois, de panthère aussi, aiguise comme une lame vengeresse. Sexualité sadique exprimée sous forme de cruauté, de passage à l’acte, de violence.

Part sombre de la déesse crucifiée de la com, qui la rapproche des cultes antiques et des anciennes divinités. Vénus, Shiva ou Mars permettaient d’intégrer au système religieux les aspects « bas », « animaux » et « Matériels » de l’humanité qui furent par la suite exclus par le christianisme de sa vision anthropologique.

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Plus loin dans la fragmentation

Et d’autres nuances affectives peuvent encore être tirée de ce visage fragmenté.

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Fille hallucinée, peut-être hypnotisée ou droguée, qui me regarde avec un contentement niais mais malgré tout inquiétant.

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muse bas g Haut d

Fille pulpeuse à l’oeil acéré, sexuellement insatiable, méprisante… argh. Peut-être, trop abîmée par la vie pour pouvoir aimer…

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La Com comme une opération alchimique de synthèse schizophrène

En revenant à l’ensemble, on remarque les deux mouvements ascendants similaires que dessinent la ligne des sourcils et celle des lèvres. Ce mouvement unifie dans une vision schizoïde mais néanmoins synthétique ce spectre d’émotions éclatées entre la droite et la gauche, le haut et le bas.  Ces lignes sont des rampes de lancement affectives, de gauche à droite, qui doivent symboliser l’élan vital que confère à toute chose l’opération magique/alchimique de la communication.

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Cette Valkyrie crucifiée/fragmentée, victime/boureau, tout en un, est symbolique des « antivaleurs » au coeur de la com et tout le système moral paradoxal qu’elle promeut à travers son processus, qui est une pure mise en application de ces valeurs. La dynamique totale qu’elle incarne, de gauche à droite, représente l’utopie de la dissolution de l’unité de l’être, pratiquée concrètement par la com: dissolution du sens, des valeurs, de la responsabilité, etc… On y décèle bien sûr l’héritage culturel des utopies des années 60, récupérés par le marketing et le prométhéisme de la Silicon Valley.

Ce système de (anti)valeurs s’organise dans une rhétorique messianique/eschatologique qui peut se résumer selon cette équation: Tout est relatif, donc tout peut être déconstruit, et comme il y a du mal (pollution, racisme, misogynie…), tout doit être déconstruit… Et ça tombe bien, aujourd’hui on a les moyens scientifiques, économiques et sociaux pour le faire.

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Haine de soi et schizophrénie:

(anti)valeurs d’avenir dans un monde hyperfluide

La schize, la fragmentation, le relativisme moral, l’oubli de soi… et la haine de soi, résultant de ce déchirement de l’être. Ne sont-ce pas là de véritables antivaleurs que l’ont peut repérer dans toutes les productions culturelles de notre société, et surtout dans la pub? Et n’est-ce pas là le résultat du devenir com de l’humanité? La négation systématique [(anti)valeurs] n’est elle pas logique, quand on ne peut rien être?

Il ne reste qu’une parodie de l’être, sans le devenir qui devrait l’accompagner. C’est l’être mutilé et narcissique de l’image fixiste dans laquelle croit trouver refuge un jeune égarés, écartelé par une meute de désirs contradictoires chauffés à blanc par la société du désir.

Car bien sur de la « jeune fille » au « jeune », vieux filon traditionnel du marketing, il n’y a qu’un pas. Tous deux sont des clients, cibles désirantes du marketing, et inversement des modèles désirables, symboles de la vitalité originelle, figures mimétiques érigées par le marketing, comme sur cette affiche. Des modèles pour tout le monde, puisque tout le monde doit être jeune!

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Alourdir son Karma

Proche de ses affects sauvages, notre muse (notre jeune, notre narcisse écartelé) est incapable de saisir leur signification profonde et leur raison d’être. Incapable de les canaliser pour aller vers un apaisement, une stabilité psychique. Au contraire, elle choisit la surenchère.

 

« The world is yours », slogan du film Scarface. Son personnage achétypique du gangster des années 80 est le reflet noir de l’entrepreneur libéral dans un moment où le néolibéralisme déployait son idéologie dans l’économie, la politique et la culture. Tony Montana est devenu plus tard devenu l’objet d’un culte chez les jeunes des ghettos du monde entier durant les années 90-2000.

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Un Tony Montana contemporain

Notre muse, c’est un peu le reflet féminin de Tony Montana, le gangster iconique du film de Brian De Palma, balloté entre ses désirs insatiables et  sa rage meurtrière. C’est une fille super-sexy et très intelligente. Mais il y a de bonnes chances pour que comme Tony, elle utilise la coke pour alimenter sa fuite en avant.

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La com, rédemptrice sauvage des opprimés

Elle est rousse, ce qui nous ramène aux sorcières persécutées autrefois, et l’on a déjà évoqué son importante facette de victime… La violence qu’elle met en oeuvre est donc légitime: elle venge toutes les minorités. Car elle seule connait la magie qui mène à la toute puissance (la magie de la com).

Mais derrière ce discours de l’image, c’est le système qui met en scène sa mise à mort pour mieux se perpétuer. La com est rédemptrice… pas des opprimés, du système.

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Canaliser les affects minoritaires

En effet, si c’est une jeune tueuse vengeresse qui est le totem de la com, ce n’est pas parce que cette dernière a décidé de venir en aide aux victimes et aux minorités de tout ordre qui furent discriminées dans l’histoire du monde. Non, bien sûr. Et c’est sans nul doute des vieux cons lubriques qui doivent donner des ordres à cette panthère tueuse. Des vieux cons abuseurs dans tous les sens du terme, à l’image du producteur Harvey Weinstein, au coeur d’un scandale sexuel qui fait aujourd’hui la une de toute la presse internationale pour un scandale retentissant. Il suffit de se trouver dans un bar à afterwork parties dans n’importe quelle métropole du monde pour remarquer en deux coups d’oeil que les équipe de travail dans les grandes entreprises sont encadrées par des hommes qui ont généralement un air de mâle alpha.

Peut-être que ceux-ci trouvent d’ailleurs leur compte dans les injonctions et le discours omniprésent (médias, organisations internationales, etc.) qui les incite à engager plus de jeunes et plus de jeunes femmes. Ceux-ci pourraient être plus manipulables que des gens plus expérimentés, au cerveau moins reconfiguré par la com… Explorer ce genre d’observation nous permettrait de voir derrière le conflit des sexes, une complexité négligée. On pourrait ainsi percevoir des conflits générationnels, de classes et des luttes entre élites, derrière le strict antagonisme homme/femme, sans cesse mis en avant par toutes les instances de la mondialisation, par la com et par la gauche culturelle/émancipationniste qui en est souvent si proche.

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Gongluzion:

La Com, pour une distribution économiquement optimale des affects

Mais incontestablement, rentrer dans ce genre de complexité sociale risquerait de freiner l’enthousiasme de la déesse vengeresse de la com, dont la haine inconsciente de soi se reporte sur le monde, au nom de toutes les catégories opprimées.

Au nom d’une justice sauvage, elle doit broyer la vie de plus en plus vite, pour la punir du mal qu’elle soutend… Mais cela ne doit pas se faire avec une Kalash. La violence armée ne subsiste sur l’image qu’en tant que symbole, bijou, dans les boucles d’oreilles en forme d’arbalète.

D’où l’adéquation morale avec le monde aseptisé contemporain d’une violence psychologique de la com, symbolique indirecte, réfutable, et pourtant d’autant plus effective…

Cela rapproche la com des services secrets qui organisent des opération avec « déni plausible », comme disait Allen Dulles le chef de la CIA. De la même façon, la com doit être toujours susceptible de dénier sa nature de technique pernicieuse de contrôle de l’esprit, bien qu’en examinant attentivement les écrits et les déclarations de ses gourous, cette nature est indéniable. Elle le fait grâce à une langue manageuriale/ingénieuriale qui cache les changements anthropologiques qu’elle provoque sous une rationalité psychologique irréaliste mais très en vogue et qui permet d’endormir tout questionnement moral à son sujet.

Et si par hasard notre Valkyrie pète les plombs et tue quelqu’un ça aura quelque chose de progressiste. Il y a encore si peu de femmes tueuses psychopathes.

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Sonia Rickli, artiste performeuse suisse, performance publique à Genève, 2006. Crucifixion avec fil barbelé sur drapeau suisse. Et une fleur d’Edelweiss (nationale) sur le pubis, fleur qu’on retrouve tout autour du cou de la déesse de la com de Communica.

 

¿Mais où va donc le Street Art?

Dans l’ère des tribus, il est difficile de savoir où vont les flux, mais il est sûr qu’on est dans une sorte de dissolution (dédicace à tous les alchimistes). Tout se désintègre grâce à des coagulations fragmentaires (genre le street art, les tektoniks, le mouvement des « unicorns« ) qui dissolvent les anciennes coagulations, les ensembles plus anciens, plus institués comme l’art, la nation, la famille (je caricature pour me faire comprendre).

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Ouroboros Street-Art et Pop, le serpent/donuts qui se mord la queue. L’ouroboros est le symbole de l’alchimie. Il représente aussi l’éternel retour (« time is a flat circle »), par delà les processus de transformations de la matières (dissolution et coagulation, selon la tradition alchimique immémoriale). 

 

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Le 8 septembre dernier, j’ai visité une exposition intéressante qui a lieu pendant 6 mois à l’Aérosol, un grand entrepôt parisien dans le XVIIIème arrondissement Read more…

Le « tournant affectif » des neurosciences (ou la prolétarisation mentale)

 

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Peinture de Michael Page, détail

 

« Tournant affectif »… Encore une arnaque, bien sûr. Mais personne à part moi ne semble s’en rendre compte dans cet amphithéâtre R280 d’Unimail Genève, vendredi passé Read more…

BIG biennale, petit Burning Man à Genève (Steampunk et réenchantement 2)

 

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Installation du camp Big, la Biennale des cultures alternatives de Genève (fin juin 2017), trois jours de rêve, d’utopies et d’auto-organisation. Les organisateurs voient dans l’utilisation de containers industriels un écho à la mondialisation et entendent par là en capter les bonnes ondes tout en en rejetant les bad vibes.

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Le Steampunk avait pris dans mon aventure mystico-théorique une place exceptionnelle. Il apparaissait comme une glue qui permettait de recoller tous les morceaux des contrecultures (contestataires) éparses qui avaient tapissé petit à petit le patchwork de la postmodernité, des rockeurs à Daesh, en passant par les hippies et les punks.

Or quelques jours après ce post qui vous présentais le steampunk et le burning man festival comme des vecteurs majeurs de la néocult Read more…

« Be yourself! » (1) les identités maladives

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Le jeune est l’incarnation de la société capitaliste, vitale et dynamique, telle qu’elle se rêve et se Read more…

La fin des tribus

D’abord, les tribus et contre-culture se sont constituées progressivement depuis la deuxième guerre mondiale: rockers, mods, hippies, punks, geeks, rastas, metal, rap, tektonic, etc. Elles ont vécu pendant un moment à l’état pur, mais on est progressivement arrivé à un épuisement. C’est un peu comme ce fut le cas des avant-gardes, des mouvements esthétiques et des styles architecturaux après les mouvements modernes dont je parlais dans le dernier post. On arrive à l’épuisement des formes.

Peut-être s’agit-il de la constitution d’une sorte de panthéon de totems qui finissent par former une totalité excluant toute nouvelle création. Genre l’analyse des systèmes totémiques de Levy-Strauss?

Vraisemblablement, nous sommes passé de l’ère des tribus classiques (aux contours et styles bien définis, en nombre limité) à l’ère des tribus postmodernes (aux contours indéfinis, aux styles éclectiques). C’est ce mouvement que je décris dans ce post sous le terme peut-être trop radical de « fin des tribus ».

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Les Tektoniks, il y a 10 ans déjà, exemplaires de l’essoufflement de la création de tendances, de la dissolution des tendances « pures ». Patchwork d’éléments de style », d’attitudes et modes de vies empruntés au glam rock, à la disco, Read more…

Fins de Tout, sur paysages postmodernes

J’ai eu des prises de tête grandioses, notamment sur Facebook, avec des gens qui me reprochent d’asséner à longueur de posts que notre époque est postmoderne. Notion floue ou périmée, disent certains. D’autres me disent que la postmodernité, c’était avant, quand l’histoire était finie… maintenant, avec la guerre contre le terrorisme, elle a recommencé, c’est le retour du tragique, fin du postmodernisme… Read more…