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Hypothèse vraisemblable qui me vient aujourd’hui: la seule façon de sauver le capitalisme occidental est d’en faire une dictature communiste. Je m’explique:

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Vision préliminaire: le succès de la Chine contre le virus et le flicage électronique

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Le virus révèle le mimétisme de plus en plus flagrant entre la Chine et l’Occident, en même temps que la rivalité irrémédiable entre l’hégémonie chinoise émergente et l’hégémonie déclinente de l’Occident. Deux hégémonies opposées géopolitiquement mais convergentes dans les projets et les moyens de façon de plus en plus évidente.

La gestion de la Chine s’est appuyée sur toutes les techniques de flicage électronique possibles (on dit que des drones suivaient les suspects de contamination). La Corée du Sud, membre de l’Otan qui est un laboratoire en matière d’internet des objets, de e-gouvernance et de smarticitisation du pays, a apparemment éradiqué le virus aussi rapidement que la Chine. Elle l’a fait en applicant apparemment les mêmes méthodes qui semblent difficiles accepètables en Occident. Pour l’instant.

Nous avons les instruments. Il ne nous manque que la volonté…

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Centralisation du capital autour des GAFA à cause du CoVid

Tout choc est prétexte au système capitaliste pour une intégration plus forte, nous dit Naomi Klein et Karl Marx. La catastrophe COVid ne peut pas faire exception.

Les Géants informatiques GAFA et autres seront les grands gagnants de cette mise en quarantaine de l’Occident. Tandis que tout est arrêté, et que les entreprises font faillite, ils prennent le relais. Ils nous montrent qu‘ils gèrent en notre absence… Les problèmes économiques et financiers qui s’annoncent avec la chute des marchés relative au CoVid annoncent une croissance colossale pour les GAFA et autres.

Ceci dans une optique marxienne plus valide que jamais, signifie une centralisation du capital monstrueuse et irréversible. Ce processus de centralisation a toutes les apparences de la fatalité et qui se plie absolument à cette loi marxienne particulière de la centralisation du capital.

A chaque crise, le noeud coulant se resserre. Sauf qu’aujourd’hui, nous sommes à un stade extrêmement avancé des processus capitaliste. Un stade de saturation qui semble appeler impérativement un changement.

Mais le changement est justement le fondement du capitalisme, comme le disait Marx lorsqu’il qualifiait celui-ci de « révolutionnaire ». Il l’est peut-être d’autant plus dans le capitalisme technique actuel. Et le changement est le problème: cela va trop vite, on ne peut plus s’adapter, crie-t-on sous forme désorganisée, apolitique.

Vraisemblablement, il va falloir forcer les gens, de plus en plus réfractaires au « progrès » à s’adapter au changement: car (c’est le mot d’ordre et les prémisses d’un raisonnement qui commande à la logique ingénieuriale globale:)

(i) l’homme s’adapte à tout

(ii) on n’arrête pas le progrès / ce qu’on peut faire techniquement on le fera

La face la plus inquiétante de la technique est son intrusion dans tous les aspects de la vie. Je pense particulièrement à la conscience, par des processus subconscients, subliminaux, tels que les techniques de contrôle subliminal comme le « crédit social » le permettent aujourd’hui en Occident comme en Chine.

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Un scenario mondial pour le progrès : organisation automatique globale

Le problème est de se rendre compte de la réalité que rend irrémédiable l’ascendant des GAFA. La route est tracée, comme en Chine et en Corée, dans un horizon technique d’automatisation du contrôle à peu près déjà entériné: 5G, smartcities, internet des objets, design d’un environnement entièrement automatisé et contrôlé, gestion de la conscience totale, gestion de l’humain globale.

Nous serons bientôt confrontés à une masse importante de gens mécontents, pauvres et aux chômage, comme c’est le cas dans les crises. Le système va être sous tension, l’industrie du consentement et de la gestion de la conscience (aka les GAFA) vont tourner à plein régime. Ici, plus qu’en Chine, la gestion de la conscience en vue du consentement consistera en une canalisation du mécontentement. La pensée de gauche (avec ses a priori dirigistes), risquent bien d’être (encore uns fois) instrumentalisée pour aller dans une direction qui satisfera les désirs secrets des monopoles en voie d’imposition.

Ici, je ramène mon hypothèse: la seule façon de sauver le capitalisme occidental est d’en faire une dictature communiste. Ceci est une hypothèse tout à fait sérieuse en matière de futurologie. (Naturellement seul l’avenir nous permettra de la tester…). Mais avant d’être une hypothèse, c’est aussi un fantasme à un niveau plus profond, peu discuté mais qui imprègne non seulement la science fiction mais notre compréhension moyenne de la réalité actuelle.

C’est aussi le revers assez logique du mythe transhumaniste du progrès (nous allons vivre éternellement et heureux grâce à la technique) qui me semble-t-il est jugé grotesque par la plupart des gens, et dangereux par les plus avisés. Mais l’important est que chacun subit de manière humiliante le mythe transhumaniste massivement propulsé par les GAFA sans possibilité réelle de protestation. (Que dire face à ce qui s’impose comme irréversible, et par-là même métaphysique, comme la religion ne l’a peut-être pas été?)

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Le communisme, aboutissement logique du capitalisme, souhaité par les patrons et oligarques

Ce futur dictatorial du capitalisme a déjà été envisagé par le « socialiste » Bertrand Russell. Le philosophe anglais jugeait dans « The scientific outlook » que ce seraient les patrons, éclairés par les scientifiques (les experts), qui allaient instaurer volontairement le communisme. La nuance -de taille- entre le socialisme de Russell et celui de Marx est que la classe révolutionnaire est celle des capitalistes monopolistiques et non les prolétaires. Et si c’est l’oligarchie industrielle et financière qui instaure le socialisme, nous nous approchons effectivement de ce que propose la Chine, et cela pose un problème assez évident à une pensée socialiste « authentique ».

Ces écrits laissent particulièrement songeur quand on les met en relation avec l’impuissance de la gauche occidentale de ces 50 dernières années. La gauche semble effectivement avoir beaucoup servi à faire passer la pilule en entretenant des espoirs auxquels elle semblait de moins en moins croire elle-même. Plus précisément: ses idéaux ont été méthodiquement utilisés par un capitalisme qui a mimétiquement recyclé tout le rêve d’émancipation individuelle de mai 68. La gauche a été muette la plupart du temps face à ce capitalisme qui la singeait. Ses meilleurs éléments y pont participé (recyclage des soixante-huitards dans la pub et le marketing).

Avec les nouveaux agencement proposés par les GAFA nous avons strictement affaire à un centre qui détruit toute hiérarchie et égalise chaque individu dans sa dépendance à ce centre. Les GAFA nous offrent effectivement une forme d’égalitarisme. Et chacun se rend compte des nouvelles formes de dépendances de cette situation nouvelle.

Cette dépendance constitue une position de pouvoir central jamais égalée. Une position tellement absolue que c’est comme si l’idée de Dieu qui se rappelle à nous. (C’est la position de Ray Kuzweil, chef des R&D à Google qui estime que google avec l’AI est en train de construire… Dieu.

La sauvegarde du capitalisme implique peut-être une soumission de l’individu à cette structure en étoile autour du centre centré des GAFA, de la Silicon Valley.

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Un seul avenir à l’horizon: les dystopies d’Orwell et Huxley

J’ai déjà signalé combien était importante dans notre imaginaire la proposition de Russell puisqu’elle a directement inspiré l’un des deux romans séminaux de la dystopie politico-technique: Le Meilleur des mondes d’Aldous Huxley. Avec ce livre comme avec 1984, de George Orwell, nous avons affaire à des archétypes originels qui incarnent parfaitement la réalité que l’on peut non seulement anticiper mais déjà fort bien percevoir à l’heure actuelle.

Ces visions dystopiques, ces cauchemars qui nous obsèdent et qui balisent notre imaginaire collectif et nos perspectives d’avenir: qui sommes nous, où allons nous, d’où venons nous, que sommes nous en droit d’espérer, que pouvons nous savoir?

Elles laissent entrevoir psychologiquement, métaphysiquement, ontologiquement, la pesanteur maximale d’une entité ou structure qui serait le système (ou plus abstraitement le fonctionnement) qui menace de nous absorber… Où notre étincelle d’humanité risquerait de disparaître, pour le dire d’une façn naïve, telle que l’aurait peut-être formulée Jacques Ellul. Cette sensation d’humilation de notre être par un monde irréductiblement mauvais est bien sûr à rapprocher de nos amis gnostiques, dont je rappelle à chaque post la stupéfiante similarité avec notre propre attitude face au monde.

Est-ce la fin du capitalisme global? Occidental? Nul ne peut le dire. Mais le fait que la question devient de plus en plus prégnante est un signe en soi.

 

Rappelons nous l’espression du Guépard de Lampédusa « Tout doit changer pour que rien ne change ». Que va-t-il être nécessaire de changer pour que rien ne change?

Un système catastrophique comme le nôtre a certes le talent d’utiliser tout événement pour se renouveler et pour se radicaliser. Et la convergence mimétique avec la Chine dans une même gestion autoritaire pourrait être la meilleure stratégie de survie pour une hégémonie politiquement et économiquement exténuée, comme l’Occident.

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Le virus manifeste l’urgence d’une pensée du devenir, eschatologique et métaphysique (GONGluzion)

Aussi minimes que seraient les conséquences de cette épidémie (sanitaires, économiques, politiques), il n’en demeurerait pas moins que nous avons expérimenté l’état d’urgence.

Et ceci est en soi un changement absolu. L’impensable est à présent pensable. Un pallier a été atteint.

Et ceci manifeste bruyamment que nous allons quelque part. Ce mouvement du devenir collectif est violemment contesté par le sens commun, comme par la science et la philosophie « normales », au sens où Thomas Kuhn parle de « science normale ». Nous sortons ici de la pensée « normale ».

Ceci commande donc une réflexion sur le devenir de l’humanité, sur l’eschatologie, la téléologie, le destin. Pourtant il me semble que rien de ceci n’a lieu parmi les gens « sérieux », notamment les universitaires. Peut-être parce que ces problèmes de devenir envisagés sous forme réellement métaphysiques sont par trop complexes et, jugés « vaseux ».

Mais j’ose croire que cet électrochoc va susciter un intérêt sur ce qui est finalement très concret puisqu’il s’agit du monde où nous vivons.

La question qui sert de titre à cet article est de nature à réveiller cette prise de conscience métaphysique, eschatologique, politique et économique.

Bonne réflexion, bon confinement.