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Pas de futur wAllah
Dans les poches c’est le passé
Sur le présent un cadenas
Tant que y a pas assez

Je vois très bien d’où ça commence
Je sais pas où tout ça va se finir

On baise tout avant de partir
Ma bite dans la tirelire

Deux heures que j’planne devant mon clavier, Igo, j’essaie d’écrire un papier bien senti sur PNL, qui tourne en boucle sur itunes… mais blanche reste la page, chuis paralysé, misère intellectuelle, hypnotisé par la lumière bleue, page reste blanche.

Pourtant, il faudrait redonner une couleur un peu street à ce blog… Le hip hop après tout est un élément déterminant de mon cahier des charges… Mais page désespérément vide, rien qui sort, « Puisqu’on est voués à l’enfer, l’ascenseur est en panne au paradis. »… j’allume spliff, ça va m’aider? Non? Si. Enfin, j’sais pas, j’crois. En fait j’m’en bats les reins, chui juste comme ça, enfin j’crois, en fait j’ai juste envie d’dire quek’chose, quek’chose, quek’chose…

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Comment exprimer et expliquer la passion mystique qui m’a pris pour ce groupe? Mimétisme absurde que, intello de 40 ans, je subirais, victime du jeunisme ambiant? Volonté de m’abêtir comme toute une génération de gamins fascinés? Envie de participer? Par jeu ou par ironie… Plaisir de s’intoxiquer?

Tous les gamins veulent devenir acteur, tous les gamins veulent devenir rappeur, tous les gamins veulent devenir gangster (surtout les pauvres).

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Tout le monde écoute PNL!

Entre 2014 et 2016, tous les jeunes que je rencontrais dans la rue écoutaient PNL. Pour être plus précis, je dirai sans aucune exagération qu’au moins la moitié des groupes de jeunes que je croisais autour d’un appareil doté de haut(s) parleur(s) écoutaient PNL. C’est énorme. Ca s’est un peu tari mais attention… le groupe annonce un nouvel album pour cette année.

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Contrainte mimétique… clanique et médiatique

Mimétisme, clé de voute du star-system/société du spectacle, qu’il n’est presque plus besoin d’expliquer. La symétrie intrigante de ces deux caïds azimutés est en soi une évocation de la relation entre soi et son reflet dédoublé… Mimétisme horizontal. En outre, les jumeaux Ademo et N.O.S., fils d’un authentique parrain de banlieue, ont de qui tenir. La street crédibilité est maximale: c’est une belle histoire d’héritage et de transmission du stigmate. De père à fils, de vedette à fan… Mimétisme vertical… Proposer à des individus fragiles des modèles d’identification mimétique concurrents aux parents est une définition parfaite du marketing.

Élevé par un bandit, ouais, papa apprends-moi à tuer
Écoute le cri de Mowgli, ouais, la hess m’a appris à muer

 

Dark Vador: modèle de disruption

La figure du père mauvais qui inflige son destin à son enfant est souvent mise en scène par le duo. Mimétisme par contrainte, mauvais traitements, abus… Mimétisme clanique, mimétisme médiatique…

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Dark Vador, par Obey… Darth Vader est l’archétype du mauvais père… La masculinité toxique du terroriste ou du gangster, figures paternelles qui  reposent sur la violence, seule source d’autorité lorsque les autres systèmes de valeurs/hiérarchies se sont effondrés.

 

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Examen de conscience du sociologue défroqué

Et moi, qu’est-ce que je consomme dans PNL? Un mood? Une attitude? J’aimerais écrire comme gangster en apesanteur, désir de vivre pur et vain, attisé par un millier d’images violentes, oniriques, gothiques, qui tournent dans ma tête, puissance du beat, choc des images, mon retour épisodique au rap… retour épisodique à mes passions juvéniles. Pourtant aujourd’hui sais ce qu’est le rap…

Para_LouisXV

La vérité du rap: donner du ghetto au ghetto

Sans prendre de gants, le rap est avant tout une forme de manipulation des pauvres pour les maintenir dans leur pauvreté et dans une culture de la pauvreté. Il a un rôle de régulation systémique et fonctionnelle. En France, comme aux Etats unis, le phénomène est particulièrement évident, même si peu de gens acceptent de le regarder (Jacques Lang n’y est pas pour rien).

PNL  met à nu cette vérité dérangeante, que bien des gens éveillés perçoivent de façon transparente (j’ai voyagé tout dernièrement aux Etats-Unis et la plupart des noirs de plus de 30 ans pensent que le rap est une forme d’aliénation). La supériorité de PNL, c’est de mettre à nu vérité, tandis qu’elle était bien cachée, mais déjà définitivement présente, quand le rap avait des prétentions sociales ou conscientes

 

 

 

 

Jay Forrester, Pionnier de la cybernétique et théorie des systèmes qui est utilisée pour tout modéliser (il montre ici le modèle de la régulation de la faune dans une zone tropicale… pleins de boites connectées, de flux, inputs et outputs traversant des boîtes multiples… groupes d’animaux, de plantes, prédation, consommation, démographie, etc… D’après Adam Curtis, ce modèle n’a apparemment jamais marché (28min, 18sec)… mais c’est le genre de truc qui rassure les experts… Pourquoi ne pas imaginer le rap comme une boîte utile dans un modèle similaire?

 

para_clochefleur

Savoir dire non à la Old school

Un de mes amis me prétend qu’il faut réécouter les “Bons vieux trucs”, comme la Funky, IAM, le rap des années 90… Non… il n’y a jamais eu de « bon rap » et moi, je me fais une coquetterie de n’aimer que le rap le plus vulgaire et commercial, sans valeur, nihiliste, donc, mais le meilleur. Et le bien écrit, oui, môssieur, c’est possible, et c’est un genre en soi. Mais ce rap n’est pas « bon », c’est un rap mauvais, et c’est là qu’il culmine. En ça je me situe à proximité d’intellectuels adorateurs de Bouba ou de PNL… Mais eux ne comprennent pas que la beauté suprême de cette musique provient du mal profond qu’elle incarne.  Ils ne croient plus au bien ni au maaaaaaaal…

 

Ecoutes frérot, check les images, les antithèses:

Cette époque est lourde
Aussi lourde, que le poids qu’portent mes paupières

J’ouvre la porte de l’Audi ou de l’Enfer
De l’eau vite, mer de larmes : on s’déshydrate

Mon gribouille est toujours pas convaincu, il trouve que c’est des clichés (il est pas spécialement post-moderne)… Il dit que c’est un truc que n’importe qui pourrait écrire, que lui il a déjà posé des trucs bien plus parfaits… qu’il peut le refaire… Il me le fait… Bon… comment dire…

Igo, mes gribouilles rêvent… Ils sont encore enfumés, partis, à 40 ans!, emmènent leur go au Kebab pour un double salade tomate oignon, voyez le style? Tel est l’environnement social d’un intellectuel précaire à l’heure actuelle.

Para_LouisXV

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J’fais les ronds, j’fais les ronds, j’fais les ronds, leur monde
Plus je me rapproche du sommet, plus j’entends le ciel qui gronde

J’voulais juste grailler
QLF ne cherche pas d’alliés
Eh zut la vie est bonne, bonne à niquer
Ils vendent leur cul, leur mère
On n’imagine pas cette vie sans remporter la guerre

Non, mon narvalo, tout le monde ne peut pas écrire ça. Ces images clignotantes et vulgaires, pas de liens logique, esquisses de destins pesants, moroses, ce romantisme nihiliste, cet équilibre parfait entre débilité et génie, voilà les ingrédients du rap que j’aime. (Et note, mon narval, c’est tout un art d’écrire en pointillé… en dissémination… Céline… Mallarmé… tes lyricks sont tellement bêtement significatifs, unilatéraux…)

Je n’aime que le rap nihiliste, parce qu’il dit la vérité du rap. Pas parce qu’ils dealent vraiment ou qu’ils tuent vraiment (même s’ils le font sûrement), mais parce qu’ils montrent à quel point cette musique est une arnaque mimétique.

D’où le goût pour moi délicieux des nihilistes proclamations de mépris pour le hip hop (dont notre jeune perçoit la portée blasphématoire réjouissante):

« Gros le rap ça m’plait pas,
J’le fais parce qu’il y a p’t’être un billet
Un charbon comme un autre (charbon=travail)
Tu manges, tu tires et t’es oublié. » (Mowgli, audio, lyricks)

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Hypnotique et subliminal

Alors je lui dis encore: Mon Gribouille, mais tu rêves… Ces lyricks, c’est pas un hasard s’ils te pénètrent violemment le système limbique et viennent te titiller au coeur intime du circuit du plaisir… C’est calculé, millimétré, comme du Baudelaire, du Séguéla…

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Image du « circuit de la récompense », trouvée sur un site de neuromarketing. A propos, PNL ne veut pas dire Programmation Neuro Linguistique, cette technique de lavage de cerveau new-âge/néo-manageuriale, mais Peace N Lovés (argent en manouche, selon mes infos). Vu les qualités d’envoûtement de cette musique, on peut y voir un clin d’oeil malicieux.

Gribouille dit que non, ça lui fait pas ça, et c’est “trop masterisé” (c’est un vieux gribouille, excusez-le). Enfin non, mon pauvre, tu ne kiffes pas le moelleux de l’autotune (moi, j’ai toujours su rester jeune), comme il caresse le lyricks qui ne s’envole que mieux, t’emportant dans une transe mafieuse sensuelle, comme un GTA au ralenti, avec des morceaux de Las Vegas Parano dedans…? Et puis il y a les clips, hallucinations intensément impliquantes, mimétiques, en first person shooter, avec plein de zooms/accélérations, toutes techniques hypnotiques très envoûtantes, en totale synergie avec ces rêves et ces lyricks, minables et grandioses, transfigurés en pur glamour par l’archétype mystérieux et séducteur du mal intégral.

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Mais non, rien à faire Gribouille ne crochera pas, il trouve que je pousse le bouchon avec mes interprétations. Mais on l’a vu, j’ai les jeunes, l’élite postmoderne et l’aristocratie du marketing de mon côté. C’est ma part d’auto-intoxication contrôlée. J’aime regarder le mal pour l’étudier. C’est là la lourde tâche d’un inquisiteur.

Mais peut-être n’est-ce qu’un prétexte? Comme ces gangsters qui trouvent dans le djihadisme un parfait alibi moral pour continuer leur vie violente et dissolue (la taqyia/dissimulation leur autorise alors l’alcool, la drogue et toute forme de dérèglement pour se fondre dans l’occident décadent, et ainsi jouir du pire [ou du meilleur;)] des deux mondes).

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