« Messie: Personnage providentiel qui mettra fin à l’ordre présent, imparfait ou mauvais, et instaurera un ordre de justice et de bonheur. »

Définition du dictionnaire Larousse

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Ensemble de Mandelbrot, illlustration du concept de fractale. Cette image est produite à partir d’une seule forme simple qui se développe à toutes les échelles et dans toutes les directions. Si l’on fait un zoom sur cette illustration, on va la retrouver à une plus petite échelle. Elle fait partie du folklore de la culture psychédélique (LSD). Et c’est une illustration du destin de Eleven.

Que signifie Eleven?

En fait, El est sans doute une foule de choses, comme nous allons le voir (en 3 posts). C’est une métaphore à effet accordéon, une chaîne de signifiés presque infinie : Dieu, le LSD, Adam, un trip, Jésus, l’antéchrist, le MK Ultra, le monstre, les nerds, les cools, la jeunesse, l’humanité et son destin… Et quoi encore?

Comme la Démogorgone, son double infernal, elle avale tout.  Le T-shirt qu’elle porte en rencontrant les nerds, avec un hamburger géant décoré d’un drapeau US, indique aussi la voracité de sa fonction représentative.

 

 

Dieu ou le diable? le vertige de l’apocalypse

Chez les Chrétiens comme chez les Juifs, le Messie est un être émané de Dieu qui guide l’humanité et accomplit l’Histoire (sacrée). Il annonce le règne de Dieu sur terre. Chez les Chrétiens, le Christ (le Messie) est censé revenir à la fin des temps, mais il est concurrencé par un être maléfique qui lui ressemble (l’antéchrist, dans l’Apocalypse) qui fait croire qu’il est lui même le Christ, pour perdre les gens.  Du coup on peut toujours se demander si le sauveur n’est pas l’antéchrist et si l’antéchrist n’est pas le sauveur. Ce grand frisson de l’inversion (upside down) de la valeur positive du sauveur est un des ressorts à suspense favoris des productions hollywoodiennes. Derrière lui, il y a l’inversion toujours possible de la valeur de Dieu: Dieu serait-il mauvais, et le diable bon?

 

El, un peu le Christ

El est un messie, c’est évident. El, vous le savez, veut dire Dieu en hébreu. C’est un peu Jésus. Elle rencontre trois apôtres qui la suivront mais ne cesseront de douter d’elle. Et n’est-il pas normal pour le Messie des nerds de se faire harceler par des nerds reproduisant sur elle ce que de moins nerds qu’eux leur font à l’école? Encore un trait christique que la victimisation de El, et qui remonte au programme de contrôle mental. Les électrodes qu’elle porte ressemblent en même temps à une auréole et à une couronne d’épines.

 

 

Il faudra qu’elle fasse des miracles (avec ses super-pouvoirs) qui sont des signes de son élection divine. Ces super-pouvoirs sont la représentation de ceux des nerds (les apôtres): elle leur montre que leur imagination peut avoir un effet sur la réalité. Elle en a déjà (leur imagination), sans qu’ils s’en rendent bien compte, mais dans un sens négatif: les monstres qu’ils affectionnent prennent forme comme sous son action.

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Ici, El et ses apôtres, agenouillés en carré devant une bouteille de coca qui représente le centre gouvernemental

 

 

 

 

L’imagination au pouvoir

 

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Dans la logique du pastiche, le destin de El se calque sur celui de E.T. l’extraterrestre. E.T. est un monstre gentil, figure de la contreculture par excellence, symbole de la déculpabilisation du désir (Nancy, et le star-system, voir post 2), et de la libération de l’imagination. E.T., qui plus est, ressemble au geeks parce qu’il est rejeté comme eux et c’est une de leurs mascottes. El est aussi un monstre, bien sûr, mais est-elle gentille? Le fait qu’elle est humaine, contrairement à E.T., pourrait indiquer que la Démogorgone est sa partie complémentaire. Qu’elles forment à deux un être messianique (ou une « dualité messianique »). Je ne crois pas que ce soit le Christ et l’antéchrist pour toutes sortes de raisons, notamment le fait qu’elles disparaissent ensemble dans ce qui ressemble à une crucifixion à deux (j’y reviendrai).

El a des doubles à l’infini, dans cette histoire. C’est logique, puisqu’elle avale tout. Mais comme on parle d’imagination et de monstres, il faut mentionner Mike chez qui elle habite. Il a aussi des caractéristiques divines. Tout d’abord en tant que maître de jeu à Donjons et Dragons, il est un démiurge qui a des pouvoirs qui dépasse peut être le plateau. La partie semble avoir convoqué la Démogorgone et plus avant, le jeu entretient bien des rapports secrets avec la réalité. On peut aussi voir que Dieu (« El ») est aussi dans son nom, puisque Mike est l’abréviation de « Micha-El ». En poussant encore le bouchon on trouverait un autre « El » dans « Eliott », son double pastichesque dans E.T. (puisque Eleven est E.T., Michael est Eliott). Ensuite, en retirant  le « El » de Eliott, on se retrouve avec un iot, sans doute Yoda, que Mike apprécie tant.

 

 

La souffrance et l’ambigüité

Les faces souffrantes de El, si elles rappellent le Christ, font aussi penser aux rictus schyzés de Nancy (voir post 2), sauf que la schyze est plus grave. Les flashbacks vers les expérimentations MK Ultra où elle a acquis ses superpouvoirs me suggèrent qu’El a été programmée d’une manière plus profonde. La correspondance terme à terme entre sa programmation et ses exploits surnaturels dans l’aventure pourrait indiquer que son parcours dans la série a été programmé par Brenner/Leary. Nous verrons dans un prochain post qu’une suite de symboles parfaitement alignés renforcent fortement cette hypothèse. En attendant, sa physionomie ambigüe et son inconfort psychique ressemblent bien aux symptôme d’un combat entre elle et une entité qui l’habite. Celle-ci exécuterait depuis une zone dissociée de son psychisme un plan apocalyptique déterminé par Brenner/Leary et/ou les entités étatiques qui l’emploie.

La démogorgone pourrait peut-être représenter ce programme maléfique, matérialisé dans l’histoire. Même si Brenner semble la découvrir, peut-être a-t-il voulu la lui faire rencontrer, pour les besoins du programme. Peut-être a-t-il voulu qu’elle s’échappe, comme El ou le LSD;).

En tout cas, El et son double maléfique sont liés, et sans doute pas pour le meilleur. Leur disparition  ensemble dans une scène qui ressemble à une crucifixion, un mois avant Noël, est lourde de sombres augures. Elle confirment que le trajet de El et de la Démogorgone sont une sorte de parcours christique inversé.

Car au terme de cette période de l’Avent, le Happy End sur fond de magie de Noël est effectivement démenti (inversé) par l’irruption du monde Upsidedown. Ce double messie El+Démogorgone semble bien de nature strictement maléfique (on aurait pu penser à un équilibre positif entre bien et mal, comme dans certaines traditions religieuses dualistes , mais apparemment non).

 

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Ce Noël/résurection des monstres donne donc des indications supplémentaire sur le monde qui naît(ra) sous l’action messianique de El. Will reçoit un Atari, comme son copain Dustin. Ca, c’est pour les nerds. Jonhathan reçoit un appareil photo des mains de Nancy. Ca, c’est pour cette race intermédiaire un peu nerdique, mais pas vraiment: les communicants. [Pour préciser, je rappelle qu’il a photographié Nancy, quand elle se mettait nue sous l’injonction du poster de Bimbo (voir post 2), sous les yeux de Steve, copie de Tom Cruise. Cette mise en abîme, c’est le modèle réduit de la société du spectacle. On pourrait en faire un diagramme fléché, je préfère poser une fractale sur votre droite]

El sera donc le messie des nerds et des communicants (ou l’antéchrist).

 

Précédents posts de la série:

Post 1: (LA clé pour comprendre)

Post 2: (Les cools, les Nerds et le double bind)

Petite complément: Edward Bernays, les désirs et le marketing