Le site Notracistbut publie des posts et des status facebook racistes. Le gimmick « je ne suis pas raciste, mais » y accompagne le plus souvent une déclaration qui l’est parfaitement. Exemple: « Je ne suis pas raciste, mais je me sens navré pour ceux que l’évolution a laissés en arrière », ou plus corsé: « Je ne suis pas raciste, c’est juste que je n’aime pas les singes. » Notsexistbut.com est un site apparenté au premier, qui traque les remarques sexistes.

 Les deux auteurs agissent vraisemblablement par militantisme. Le matériel publié provient de pages facebook que leurs propriétaires n’ont pas protégée du regard des inconnus. Les noms sont floutés, mais les photos reconnaissables. Dans le même genre, il existait déjà les sites où des femmes dénoncent un ex-boyfriend comme celui-ci, souvent en laissant son nom. Dans l’espace francophone, je n’arrive pas à trouver d’équivalent, si ce n’est ce site où des femmes relatent des manifestations significatives et souvent drôles du sexisme ordinaire, mais sans bien sûr lâcher de nom. Mais là on est plus dans le témoignage que la dénonciation.

Le choix de Notracist.com et notsexist.com de cacher les noms est assez malin: on peut imaginer que  les dévoiler entraînerait des protestations, voire des suites judiciaires, même si ces données sont publiques.

Cette initiative se situe un peu entre le panoptique de Foucault et certaines formes de mise à l’index dans les pays anglo-saxons. On peut aisément imaginer toutes sortes d’applications plus ou moins totalitaires de ce genre de procédés. Sur Notracistbut, le travail de sélection est fait à la main par quelques passionnés isolés. Mais qu’en serait-il de masses d’internautes qui se dénonceraient les uns les autres dans une dictature qui appliquerait le principe du crowdsourcing à la surveillance étatique? Le travail de collecte pourrait d’ailleurs aussi être fait par des algorithmes et des robots qui iraient chercher des déclarations sensibles pour les exposer à la réprobation publique. On pense bien sûr au passage à nos bons géants du web souvent soupçonnés, non sans raison, de collaborer avec les appareils d’Etat, voire de vouloir les remplacer.

Robots araignées, Minority Report, 2002